Limites du bénévolat ...
Bonjour à tous,
Aujourd’hui, je vous parlerai des limites du bénévolat.
D’abord quelques rappels :
Par étymologie (du latin benevolus, bonne volonté, venant de bene, bien et velle, vouloir), le bénévolat désigne une activité de services envers autrui, de son plein gré et sans rémunération.
Les origines historiques sont mal connues mais il semblerait que le développement du bénévolat soit lié au développement des Religions.
Quoiqu’il en soit, le bénévole donne ainsi de son temps libre à une action qui l'intéresse ou qu'il souhaite encourager. C’est donc celui qui s'engage, de son plein gré, dans une action désintéressée et organisée, au service de la communauté, selon 4 critères principaux :
- Il doit le faire sans obligation. En effet, le bénévolat doit toujours se faire à l'initiative du bénévole, sans qu'il y soit obligé.
- Le bénévolat doit être effectué au service ou au profit d'autrui. Il faut que ce travail serve les intérêts de la communauté.
- Le bénévolat se fait sans rémunération. Il s'agit de services et de performances sans paiement.
- Le bénévolat se fait dans un cadre plus ou moins structuré.
Pour le Conseil économique et social (avis du 24 février 1993) "est bénévole toute personne qui s'engage librement pour mener une action non salariée en direction d'autrui, en dehors de son temps professionnel et familial".
Le bénévole (qui exerce une activité libre, en dehors de son temps professionnel, familial, d'étude ou de formation, sans compensation financière) est à distinguer du volontaire (qui exerce, dans un cadre (loi, décret, programme), une activité principale pour une durée déterminée (généralement plusieurs mois) avec des indemnités et une assurance sociale particulière obligatoire).
Il existe, à mon avis, 2 types de bénévoles : ceux qui agissent en s’inscrivant dans un dispositif déjà existant et ceux qui agissent dans un espace où un dispositif est peu ou pas existant à un instant T. Et de ce fait, le bénévolat me paraît indispensable au fonctionnement de toute société.
Toutefois, je poserai 2 contre-exemples (parmi d’autres), le 1er date de lundi, le second est plus ancien.
- En déposant ma fille à la maternelle, les enseignantes nous disent que l’école a été vandalisée dans la nuit de vendredi à samedi et que, par conséquent, les enfants resteront dans la cour, le temps que tout soit nettoyé et rangé.
Je décide de rentrer dans l’école pour voir l’ampleur des dégâts : de la peinture (rouge, jaune, bleu …) projetée sur les sols et les murs, la vitre de la bibliothèque brisée (des morceaux de verre dans les livres), le travail de toute l’année des petites sections dispersé dans la classe et éclaboussé de peinture … J’imagine le désarroi de l’enseignante.
Il est 8h30, les autres parents posent leur enfant et repartent (ce qui ne me choque pas dans la mesure où la plupart travaille, et j’ose espérer que si ça avait été plus grave, il y aurait eu plus de participants). Je me dis qu’il y aurait peut-être besoin d’un coup de main alors, je décide de rester pour nettoyer.
Lorsque tous les parents sont partis, nous étions 8 adultes (3 parents, 4 agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles et 1 personne envoyée en renfort par la mairie). Ce qui me paraissait peu, au regard de l’ampleur des dégâts … mais bon, nous avons retroussé nos manches … car, défaut de produits adaptés, nous avions de l’huile de coude …
Vers 9h30, un responsable de la mairie arrive, il a un calepin à la main, prend des notes et repart sans dire un mot. Naïvement, j’avais pensé qu’il aurait pu participer. Il revient 1 heure plus tard avec une autre personne et reproduit le même enchaînement. Mais cette fois-ci, avant de partir, il s’adresse à la directrice et lui dit de ne pas s’inquiéter, que du personnel d’entretien viendra en fin de matinée pour aider à nettoyer et qu’une autre personne viendra en renfort vers 15h00.
J’en reste sans voix. D’autant que depuis samedi matin, personne (j’entend : responsables municipaux) ne s’est inquiété du sort des enfants pendant la durée du nettoyage.
En fait, nous avons terminé vers 11h00, peu de temps après la fin de la récréation, ce qui a permis aux enfants de rentrer se mettre un peu au frais.
A ce stade, je me pose 2 questions :
- Si les dégradations ont été faites dans la nuit de vendredi à samedi, pourquoi la mairie n’a-t-elle pas mis à profit le week-end pour demander le nettoyage ?
- Pourquoi le nettoyage, de par son caractère d’urgence et de dangerosité, n’a-t-il pas été effectué par une entreprise spécialisée ou par du personnel municipal ?
- Le 2ème exemple date de 2000.
Souvenez-vous : le 12 décembre 1999, le pétrolier L’Erika faisait naufrage au large de la Bretagne et déversait presque 37 000 tonnes de fuel lourd sur les côtes.
Je me suis retrouvé appelé du contingent en Janvier 2000. Puis un jour de Février, pendant nos classes, nous avons quitté Evreux en direction de l’Ile de Groix pour participer au démazoutage. Quand nous sommes arrivés, il n’y avait que des bénévoles qui grattaient les cailloux avec des cuillères ou des bouts de bois, ils n’avaient aucun matériel de protection, certains prenaient du sable mazouté avec des gants en laine. La consigne leur a été donnée de "laisser faire l’armée". Ceci dit, il y a toujours des individus récalcitrants aux ordres et ceux-là sont restés avec nous pour gratter les cailloux.
Nous sommes restés presque 2 semaines et quand nous sommes partis, d’autres appelés du contingent sont venus nous remplacer.
Le pompage a eu lieu du 1er juin au 6 septembre 2000 (je traduis : de décembre à juin, le fuel a continué à se déverser avec chaque vague et, tous les jours, les bénévoles ont gratté les cailloux). Le procès, quant à lui, s’est tenu devant le Tribunal correctionnel de Paris du 12 février au 13 juin 2007. No comment …
A ce stade, je me pose toujours 2 questions :
- Si le naufrage a eu lieu en décembre, pourquoi l’Etat a-t-il attendu février pour faire appel à l’armée ?
- Pourquoi le nettoyage, de par son caractère d’urgence et de dangerosité, n’a-t-il pas été effectué plus tôt par des entreprises spécialisées ?
Revenons maintenant sur les limites du bénévolat :
Il y a une limite entre action du bénévole et celle des travailleurs professionnels. Il semble important que chacun garde ses responsabilités et respecte celles des autres.
Car en fait, si les intentions du bénévole sont louables, il n’en demeure pas moins qu’elles peuvent présenter une situation de concurrence inappropriée pour les professionnels. Surtout pour des raisons d'économie. Les bénévoles ne sont pas des remplaçants de professionnels mais sont le complément de ces derniers. De plus, gardons en mémoire, que l’exercice d’un métier demande des qualifications.
Ceci dit, je suis convaincu que l’action bénévole est complémentaire de l’action professionnelle, sans concurrence (c’est souvent le cas dans les interventions en milieu carcéral, par exemple).
Tout comme, je suis convaincu que le bénévolat permet d’avoir une meilleure estime de soi, de regagner confiance … (Je pense, en particuliers, aux "jeunes" retraités, aux personnes "au foyer").
Pour les 2 exemples que j’ai cité (et tous ceux que j’oublie), ce qui me gène le plus, c’est qu’ici le bénévolat a été utilisé à des fins financières. Il me paraît important de veiller à ce que le bénévolat ne devienne pas une excuse pour faire passer, voire légitimer des réductions budgétaires, car le risque serait alors très grand de tomber dans une exploitation économique. De plus, dans la définition du bénévolat, il est inclus la notion de "faire sans obligation", alors lorsque les pouvoirs n’agissent pas ou lentement, peut-on dire que nous avons agit sans obligation ? Lorsqu’il y a nécessité, urgence ou dangerosité, du fait de l’inaction des responsables, peut-on dire que nous avons agit sans obligation ?
De plus, certains emplois salariés peuvent se retrouver dévalorisés voire menacés par une concurrence associative. Dans certains domaines il pourrait y avoir des créations d’emplois si les bénévoles n’accomplissaient pas les tâches relevant des pouvoirs publics. Le bénévolat supplée parfois à un manque d’engagement de l'État.
Il peut y avoir un risque que l'État cherche à se décharger de certaines missions sur l’action bénévole (voir : http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2009/06/pens%C3%A9e-du-mercredi-170609.html), avec pour conséquence paradoxale la chasse aux subventions de la part des associations. Et comme souvent les montants des demandes de subventions sont moins importantes que les tarifs de professionnels (car ils incluent les coût de mains d’œuvre, entre autre), il se trouve alors comme une forme de concurrence malsaine.
Et comme chaque échelon de responsabilité tarde à vouloir engager des frais, on laisse faire les bénévoles isolés, puis (si la tâche à accomplir n’est pas achevée) on subventionne une association de bénévoles, puis (si la tâche à accomplir n’est pas achevée) on se décide à faire intervenir une entreprise spécialisée (mais pour une tâche moindre, puisque une part a déjà été effectuée).
Pour L’Erika, il a fallu attendre plusieurs mois avant que les entreprises spécialisées soient sollicitées.
Pour l’école maternelle, les entreprises spécialisées n’ont jamais sollicitées …
Voir aussi :
http://www.ciao.fr/pour_ou_contre_le_benevolat__Avis_996935
http://www.icvolunteers.org/index.php?what=coverage&id=114
http://www.cafes-citoyens.fr/comptes-rendus/248-forces-et-limites-du-benevolat
http://www.erudit.org/revue/nps/2002/v15/n2/008916ar.pdf
Mon avis est que le bénévolat, malgré ses intentions louables, peut ralentir le développement des entreprises et par voie de conséquence limiter les possibilités d’embauche.
De même, il peut s’investir dans des champs où l'État devrait agir en première ligne.
A bon entendeur.
A bientôt.
15.
Bon, d’accord, j’avoue que j’étais un peu agacé, mais ça va un peu mieux de l’avoir écrit …
En fait, même si le bénévolat repose sur une éthique de gratuité et de liberté, l’usage abusif de la part des autorités me révoltera toujours autant.
Et pourtant, je suis aussi bénévole …









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