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04/07/2006

Comment ne pas faire son malheur

Blue_eyesdog_1 Comment ne pas faire soi-même son propre malheur

Par Nicolas Sarrasin, Montréal, Québec, Canada

http://www.anima-conferences.com/index.php?option=com_content&task=view&id=45&Itemid=89

Celui qui s'assied au fond d'un puit pour contempler le ciel le trouvera tout petit. Anonyme


Il ne viendrait à personne l’idée de manger une nourriture douteuse dont il ne connaîtrait ni la provenance ni les ingrédients ! Nous tenons trop à notre santé pour cela. Pourtant, chaque jour, nous faisons confiance à des quantités incroyables d’informations sans nous préoccuper de leur source ni de leur validité. Ces informations forment nos croyances, nos valeurs et fondent même nos actions ! Nous sommes parfois champions dans l’art de nous rendre malheureux. Mais rassurez-vous, il est possible d’améliorer la situation !


De l’information à la distorsion
Chaque jour, pour vivre, nous tentons de comprendre la réalité. Nos processus psychologiques sont à l’œuvre dans l’ensemble de nos expériences : émotion, compréhension, évaluation, prise de décisions, etc. À travers notre interprétation, nous gérons le sens de tout ce qui nous entoure et c’est à partir des ces processus mentaux que nous concevons l’ensemble de notre vie. Malheureusement, ces processus sont limités et de nombreuses erreurs interfèrent naturellement sans que nous nous en rendions compte. On appelle ces limites des distorsions cognitives.

Comme leur nom l’indique, les distorsions cognitives sont des déformations de la pensée. Elles nous conduisent à des conclusions lacunaires ou fausses qui nous rendent malheureux. Par exemple, si vous croyez les gens incapables de vous apprécier, vous concluez négativement à votre sujet. Pourtant, vous n’avez aucune preuve concernant ce que les autres pensent de vous ! Voilà un type de distorsion qui peut occasionner d’innombrables souffrances. Il est donc important de comprendre leur influence sur notre quotidien. En voici quelques-unes : 


La généralisation

Cette distorsion cognitive est extrêmement courante. La généralisation consiste à exagérer des informations limitées en croyant qu’elles se manifestent toujours de la même manière. S’il est vrai que le soleil le lèvera inlassablement sur l’horizon, il n’est pas très constructif de croire que les autres nous rejetteront toujours…


La sélection des informations

Cette distorsion consiste à choisir certaines informations plutôt que d’autres lorsque nous interprétons une situation. Et parce que les informations que nous sélectionnons restent limitées, elles ne fournissent pas une vision globale de la dite situation. Au niveau personnel, cette distorsion est nuisible lorsque nous nous concentrons sur de petits détails futiles à notre sujet. Prenons l’exemple de Sylvie, qui redoute l’anxiété. Pour cette raison, elle se concentre sur le moindre signe corporel qui trahit un tel état. De ce fait, ce sont ses appréhensions qui occasionnent son stress; plus elle veut éviter l’anxiété, plus elle devient anxieuse… 

Le fait de nous concentrer sur des informations positives peut aussi nous rendre malheureux ! C’est le cas de l’idéalisation. Lorsque nous sélectionnons les informations qui sont associées à des idéaux ou à des espoirs irréalistes, nous les utilisons pour dévaluer notre quotidien qui, lui, est bien réel. Les effets négatifs sont nombreux : envie, aigreur, rancœur, jalousie et insatisfaction. 


D’autres encore se concentrent systématiquement sur les informations négatives qui proviennent autant des événements présents que passés. Quel meilleur moyen d’être malheureux que de voir seulement ce qui nous fait défaut ? Cette forme de fatalisme nous fait croire que nous sommes condamnés au pire tandis que le ressentiment déterre soigneusement nos souvenirs les plus désagréables.



Confirmer seulement nos hypothèses

Très souvent, lorsque nous essayons d’expliquer quelque chose, nous avons déjà une petite idée de la réponse ou du moins quelques pistes pour trouver cette explication. D’un côté nos hypothèses dirigent notre recherche d’informations et, de l’autre, nous essayons de confirmer nos hypothèses. Cette manière de raisonner ne nous fournit pas toujours des conclusions valides… Par exemple, si mon hypothèse consiste à croire que j’échouerai dans tous mes projets, je chercherai des souvenirs qui prouvent que je suis un incapable et j’anticiperai sans cesse de nouvelles difficultés. À la place, je peux me souvenir de mes succès qui me prouvent tout le contraire !


La prédiction qui se réalise d’elle-même

La prédiction qui se réalise d’elle-même est une croyance qui finit par se confirmer tellement nous y portons attention. Par exemple, Marc est convaincu qu’il ne réussira jamais à obtenir l’emploi de ses rêves. À cause de cette conviction, il manque d’initiative et de motivation. Lors d’une entrevue, son anxiété est telle qu’il bafouille… et il n’obtient pas l’emploi. Plus tard, lorsqu’il repense à son échec, il se dit qu’il savait bien que les choses se dérouleraient ainsi. Mais est-ce bien le cas ? L’échec de Marc n’aurait-il pas plutôt été influencé par sa conviction profonde en son inaptitude.


Les stéréotypes et les préjugés

Les stéréotypes sont des informations que nous avons en mémoire et qui nous permettent de reconnaître rapidement des gens et des situations. Si la plupart du temps les stéréotypes sont utiles et nous aident à bien réagir aux événements, ils ne sont pas toujours valides. Véritable simplification de la réalité, ils généralisent des informations beaucoup plus complexes. C’est à ce moment que les stéréotypes deviennent des préjugés. Par exemple, un préjugé consisterait à croire que les Mexicains sont tous paresseux parce que nous leur associerions le stéréotype de la sieste sous un immense sombrero. Cela ne décrit pourtant pas leur situation réelle ! Puisque les préjugés proviennent d’informations insuffisantes, ils risquent de nourrir de fausses croyances qui peuvent parfois mener jusqu’au racisme. 

Il va sans dire que les distorsions cognitives engendrent de nombreuses conséquences négatives. Mais pouvons-nous faire quelque chose pour améliorer la situation ?



Quelques conséquences des distorsions cognitives

L’autodénigrement

Ce sont des évaluations sévères et inflexibles à notre égard qui donnent l’impression de ne pas avoir de valeur personnelle.

La culpabilité

Attribution à tort de la responsabilité d’événements négatifs, que nous y soyons liés ou non.

La victimisation

Croyance que les autres agissent souvent contre nous-mêmes et que nous n'avons aucun contrôle sur notre vie.
La susceptibilité
Sentiment que nous ne possédons aucune valeur. Se manifestant lorsque nous doutons de nous-mêmes, la susceptibilité entrave notre tolérance, nuit à notre capacité d’analyser notre comportement et d’accepter de se tromper.

Le manque de motivation

Convaincus de notre incapacité à accomplir quoi que ce soit, nous remettons tout au lendemain, ne mobilisant ni l'énergie, ni la détermination nécessaires pour accomplir nos objectifs.

Le ressentiment et la rancune

Action de ressasser les événements éprouvants du passé de manière à les revivre, suscitant un flot d’émotions intenses comme la tristesse et l’agressivité.


Comment nous débarrasser des distorsions cognitives ?
Il existe heureusement un excellent moyen d’apprivoiser les limites de notre cerveau. Il s’agit de remettre en question ces conclusions erronées en nous détachant de nos propres pensées pour corriger leur issue négative. Voici les deux étapes principales à suivre pour nous aider à utiliser ce fantastique outil qu’est le cerveau.

1. L’identification
Cette étape nous fait prendre conscience des moments où nous sommes victime de distorsions cognitives et nous aide à savoir desquelles il s’agit. Voici quelques indices qui permettent de savoir que quelque chose se trame :

·
                     Nous nous sentons souvent triste et submergés d’émotions négatives sans réussir à en identifier clairement la source.
·
                     
Nous réagissons fortement aux situations qui nous concernent. 
·
                     
Nous avons tendance à nous déprécier et à croire que les autres ont plus de valeur que nous (dévalorisation).
·
                     
Le contenu de nos pensées est négatif et verse facilement dans l’excès selon les sujets ou les événements ; nous ruminons ces pensées, évoquons des événements que nous avons de la difficulté à accepter, etc.
·
                     
Nous entretenons du ressentiment envers les autres et envers la vie (envie, idéalisation).
·
                     
Nous nous croyons victime des événements et avons l’impression de ne rien pouvoir faire ; nous croyons n’avoir eu aucune chance dans la vie, persuadés que les autres en ont plus que nous (victimisation).

Ces pistes nous permettent de savoir que des distorsions cognitives s’acharnent contre nous. Et pour initier des changements positifs, nous devons absolument faire l’effort de ne pas nous mentir à nous-même. Il ne faut pas oublier qu’il est toujours plus facile d’identifier les problèmes des autres que les nôtres ! Alors si le but recherché est d’obtenir des informations pour corriger les distorsions cognitives, au lieu de nous demander pourquoi un problème survient, il est plus utile de savoir comment il s’exprime.

L'identification est une démarche qui nous oblige à nous intéresser à nous-mêmes pour analyser nos pensées, nos réactions et comprendre ce qui ne va pas. C’est le premier pas à franchir pour arriver à éliminer ce qui nous rend malheureux.


2. La recherche d’informations et la correction des distorsions

Il n’est pas suffisant d’identifier les distorsions cognitives; il reste encore à y remédier ! Cette seconde étape nous invite à remettre en question nos interprétations ainsi que nos conclusions fallacieuses.


Déconstruire le contenu négatif des problèmes identifiés à la première étape : Il s’agit d’abord de récupérer les éléments que nous avons identifiés comme étant à la source de nos malheurs, nous permettant ainsi de voir la façon dont nos distorsions agissent et ainsi de mettre consciemment un terme à leurs conséquences désastreuses. Cette remise en question souligne l’insuffisance de nos conclusions et leur jette un nouvel éclairage qui nous montre à quel point elles nous détruisent.

Rechercher des informations susceptibles d’enrichir et de corriger nos conclusions : Nous devons ensuite trouver de nouveaux éléments d’explication pour corriger les conclusions issues de nos distorsions. En posant un nouveau regard, nous sommes en mesure d’obtenir des conclusions plus nuancées et plus valides. Il s’agit simplement de trouver d’autres manières d’interpréter nos pensées, nos souvenirs négatifs et les situations que nous vivons. Voici quelques questions pour nous aider à y arriver :

Interroger les informations à partir desquelles nous raisonnons : Est-ce que je dispose d’une quantité d’informations suffisante pour me permettre de conclure ? Par exemple, ce n’est pas parce que je n’ai pas réussi à atteindre mon objectif une fois que j’échouerai à chaque fois.
Interroger nos conclusions : Mes conclusions sont-elles valides ? Est-ce qu’elles m’apportent plus d’avantages que d’inconvénients ? Sont-elles réalistes ? Par exemple, est-ce bien constructif de conclure que les personnes que je rencontrerai à l’avenir ne me trouveront pas intéressant ?

Interroger les croyances qui nous rendent malheureux : Les informations dont je dispose me permettent-elles réellement d’aboutir à ma seule conclusion ? Existe-t-il d’autres possibilités ? Par exemple, ma collègue de travail m’a peut-être ignoré parce qu’elle était préoccupée par un problème personnel et non parce qu’elle me trouve insignifiant !


Vivre heureux avec des croyances plus valides

Chaque fois que nous remettons en question les conclusions erronées de nos distorsions cognitives, nous nous donnons la chance d’améliorer notre bien-être quotidien. Même si ces distorsions découlent du fonctionnement normal de notre cerveau, ce n’est pas une raison pour les laisser empoisonner notre existence ! Et si le bonheur ne tombe pas du ciel, nous possédons tous la capacité de nous distancier de ces pensées qui pervertissent notre vie. Nous pouvons consacrer quelques efforts à redresser notre posture mentale pour que chacun de nous vive quatre saisons dans ce bonheur que nous méritons tous !


Je pense que ça mérite qu'on y réfléchisse.
15.

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Voici les sites qui parlent de Comment ne pas faire son malheur:

Commentaires

L'identité est la plateforme à partir de laquelle tout devient possible. Si nous ne nous préoccupons pas de son équilibre et de son développement, nous subirons des revers à travers de nombreuses autres facettes de notre vie. L’identité se retrouve donc à la base du développement personnel, de la gestion du stress et de l’orientation de carrière, car aucune réalisation personnelle n’est possible si nous ne nous connaissons pas d’abord.

Bonjour Nicolas,
Je partage également cet avis : "aucune réalisation personnelle n’est possible si nous ne nous connaissons pas d’abord".
Je pense qu'il est aussi important de savoir quand et comment nous changeons, car nous évoluons et la connaissance que nous avons de nous-même est aussi évolutive. Nous nous sommes pas le même au cours de notre vie.
De plus, je suis intimement convaincu qu'une bonne connaissance de son environnement et/ou du domaine de réalisation recherchée permettra un développement personnel plus durable. Le monde est changeant, le connaitre à défaut de le comprendre permettra d'éviter des désillusions.

Merci pour ce commentaire.
A bientôt.
15.

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