Revenons sur la genèse de l’effet Sherif, mettant en avant les principes de normes, et de l’effet Ash, mettant en avant les principes de conformité à la norme :
- Approche en psychosociologie :
Les normes : Sherif ( 1935 )
Dans une situation ambiguë où les modes de comportements habituels ne sont plus adaptés, l’individu va-t-il donner toutes sortes de réponses variées ou va-t-il établir un point de référence propre ?
Protocole : Pour son expérience, Sherif utilise le principe physique appelé effet autocinétique, il s’agit d’une illusion perceptible. Un individu observe, dans une salle totalement obscure, une lumière fixe que l’on fait clignoter de façon intermittente. Le sujet a alors l’impression que le point lumineux bouge, que la lumière semble se déplacer, en dehors de tout repère extérieur.
Expérience : Sherif demande aux sujets d’évaluer le déplacement, en créant deux procédures expérimentales.
Résultats :
- En situation individuelle :
Après plusieurs essais, l’individu crée sa propre fourchette d’évaluation du déplacement. Chaque sujet crée son estimation, chacun possède sa norme.
- En situation de groupe :
Après plusieurs concertations publiques, le groupe crée sa propre fourchette d’évaluation du déplacement, il opte pour une norme commune. Les extrêmes vont se gommer, il y a une sorte de consensus, individuellement, chaque sujet se rapproche d’une valeur centrale. De nouveau seul, chaque sujet gardera, en repère, cette norme commune.
Les fonctions de la norme :
- Fonction de réduction de l’ambiguïté, réduction de l’insécurité découlant d’une situation. A une réalité physique ambiguë, l’individu substitue une réalité sociale non ambiguë : La norme.
- Fonction d’évitement de conflit : une norme devient un point de repère face auquel les extrêmes se gomment, pour éviter des conflits possibles, par un processus de négociation des différentes estimations et de concessions réciproques.
La conformité : Asch ( 1951, 1955 )
Dans un milieu où il existe déjà des normes, la conformité correspond au fait que l’individu modifie sa position en direction de la position d’un groupe avec lequel il était initialement en désaccord : Je n’étais pas d’accord avec vous maintenant je le suis.
Protocole : Pour son expérience, Asch va s’attacher à déterminer les conditions qui amènent un individu à adopter les positions d’autres individus, en dehors de toute pression exercée par eux. Il va mettre en œuvre des jugements incorrects et tenter de voir comment l’individu va s’y conformer. Le paradigme expérimental consiste à mettre un sujet naïf en situation d’évaluation de réglettes de longueur variable, en les comparant à une réglette-étalon. Le sujet doit évaluer la longueur physique des réglettes, seul puis en groupe.
A : I----------I |
Etalon: I----------I |
B : I-----I |
C : I---------------I |
Expérience : Asch fait intervenir dans un groupe de 6 personnes : 5 compères et un sujet naïf. Les compères parlent en premier pour que le sujet naïf ait connaissance de l’opinion du groupe, et comme le groupe se trompe, le sujet est obligé de le constater dans son for intérieur.
Résultats : 33 % des sujets sont affectés par les réponses incorrectes du groupe majoritaire par rapport à leur individualité. Ce qui signifie que ces sujets n’ont pas résisté aux influences extérieures bien qu’ils aient eu connaissance de l’erreur. On peut penser qu’ils auraient souhaité simplement ne pas se distinguer du groupe, et ne pas apparaître comme déviant.
Différents types de conformisme :
- Suivisme et complaisance : dans ces cas, l’accord n’est qu’apparent, d’ordre instrumental, sans affectation des croyances et des convictions.
- Processus d’identification : ici, le sujet veut tellement appartenir au groupe qu’il s’identifie à lui, même dans l’erreur.
- Processus d’intériorisation : intimement, le sujet croit que l’erreur n’en est pas une : que la réglette B est égale à la réglette-étalon.
Effets de la conformité :
Effets positifs de la conformité :
- Lorsque l’individu souhaite l’intégration à un groupe.
- Pour obtenir la stabilité des normes dans un groupe.
- Pour obtenir des interactions intéressantes sans heurts.
- Pour limiter les erreurs : « la vérité est collective, l’erreur est individuelle. »
Effets négatifs de la conformité :
- Tout déviant à la norme est plutôt mal perçu, même par le leader.
- Les normes peuvent devenir obsolètes et conduire à la déviance du groupe.
L’influence des minorités sur la majorité : Moscovici et Faucheux (1973)
Un préjugé amène à penser que la majorité est plus agissante que la minorité : comme si plus d’individus amenaient à plus d’effets. Or, la majorité a tendance à préférer le statu quo plutôt que le changement qui provient de l’influence des minorités.
Quand la majorité bénéficie d’une forte cohésion sociale, la minorité aura plus de facilité à s’imposer, alors que quand la cohésion sociale de la majorité est faible : la minorité ne fera partie que des nombreuses parties déviantes et donc avec peu d’influence. Le caractère public de l’influence majoritaire est appelé suivisme. Le caractère public et progressif de l’influence minoritaire est donc plus profond que l’influence majoritaire.
Réinterprétation de l’effet Asch sur la conformité :
Protocole : la même méthodologie que Asch est utilisée.
Expérience : elle se déroule avec 9 sujets dont un naïf. Des réglettes de dimension égale sont utilisées. Il y a une contradiction entre les erreurs volontaires des compères ( qui se trouvent devenir la norme du groupe majoritaire ) en laboratoire et l’évidence perceptive du sujet naïf.
Résultats : 33 % des sujets se rangent à la majorité, ils se conforment à la réalité sociale, en laboratoire, avec des compères, et voient des lignes égales alors que dans la vie, elles sont bien perçues inégales.
Moscovici et Faucheux pensent que l’effet Asch n’est pas dû à la pression de la majorité mais à la consistance des réponses du groupe.
Le sujet naïf représente une collectivité, une majorité au sein de laquelle il existe un certain consensus quant à l’appréciation des longueurs de lignes droites. Or, dans l’expérience, il y a une autre norme : 8 compères disent la même chose, comme s’ils avaient des normes différentes ( plus petit au lieu de égal, égal au lieu de plus grand, plus grand au lieu de plus petit… ) :
Le sujet ne se représente pas que ces individus représentent l’ensemble de la majorité. Le sujet retrouve son évidence perceptive, quand il refait l’expérience, seul.
Il suffit qu’un compère dise comme le sujet naïf pour que l’influence diminue.
Le groupe de compère est une minorité fonctionnant d’autant plus qu’elle est consistante.
La normalisation : Moscovici ( 1984 ) :
La normalisation s’opère comme un processus de négociation aboutissant à l’acceptation du plus petit dénominateur commun. Ainsi, l’uniformité de la société réduit les conflits et permet d’aller plus loin. Les individus assimilent les règles pour faciliter les relations sociales.
- Approche en insertion professionnelle :
Pour le recruteur :
La notion de norme va s’élaborer non pas par une influence active du groupe majoritaire mais par la consistance des réponses de celui-ci. Par exemple, lorsque que nous recherchons à recruter, notre fiche de poste va être élaborée par rapport aux compétences attendues (ou manquantes) dans l’entreprise et aussi par rapport aux compétences déjà présentes. Autrement dit, le groupe présent nous apparaît comme la norme, ce qui déterminera nos choix en matière de candidats retenus. Ce qui peut nous amener à recruter un individu qui a un permis de conduire (comme les autres membres du groupe), même si le poste ne l’exige pas. Ici, les déviants (au sens sociologique), ceux qui n’ont pas de permis, vont ainsi être exclus de la procédure de recrutement.
Pour le candidat en recherche d’emploi :
Ici, la notion de norme va s’élaborer à partir du groupe d’appartenance, celui des demandeurs d’emploi (qui, paradoxalement n’est pas un groupe, au sens sociologique : « un ensemble de personnes partageant une identité commune ou ayant des opinions, des fins communes »). En fait, il y a plutôt une non-identification au groupe « travailleurs ». Le demandeur d’emploi va élaborer « sa norme » à partir de ses propres connaissances, de ses souvenirs et/ou à partir d’informations obtenues par procuration. Même s’il s’agit d’erreurs, le sujet va s’y conformer, par méconnaissance des normes du groupe « travailleurs » et pour ne pas être exclus du groupe et des normes qu’il connaît le mieux.
Pour le conseiller :
La difficulté pour le conseiller va être d’intégrer les normes des 2 groupes auxquels il est en contact.
Il est dans son intérêt de comprendre les normes et les repères de l’Entreprise pour pouvoir faire entendre aux recruteurs que ses attentes sont parfois éloignées des réalités du groupe « demandeurs d’emploi ». Et ainsi pouvoir opérer une Intervention sur l’Offre et la Demande (C'est l'un des principes de la méthode IOD).
De même, il est important d’intégrer les normes du groupe « demandeurs d’emploi » afin de rapprocher les individus des normes attendues par l’Entreprise, et faire en sorte que chaque demandeurs d’emploi ne soit moins perçu comme un déviant (au sens sociologique).
Rappels :
La communication
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/01/la_communicatio.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/01/la_communicatio_1.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/01/la_communicatio_2.html
La discrimination
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/07/discrimination-.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/03/du_racisme_lemb.html
La motivation
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2006/10/motivation_au_t.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2006/10/motivation_au_t_1.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2006/11/motivation_au_t.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/05/astuces_pour_mo.html
L’affirmation de soi
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/04/le_non_construc.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2006/12/battant_contre_.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2006/10/lcoute_attentiv.html
Avis à tous :
La notion de norme d’après les travaux de Sherif induit les notions de normalisation, de conformisme et d’uniformisation. Les individus, ne sachant pas comment juger des objets sociaux et ayant besoin d’un jugement pour réduire les incertitudes, créent un repère ( souvent le plus petit dénominateur commun ), en gommant les extrêmes. Le repère devient norme et fait force de loi, tout ce qui s’en éloigne est déviant. Dans certain groupe, quand un individu n’a pas la même opinion que les autres, il peut, s’il est assez convaincant, ramener les opinions divergentes à la sienne. Mais, en général, il est difficile de changer une norme.
Mon propos n’est pas de justifier telle ou telle pratique. Il est simplement de considérer et comprendre les paramètres psychosociologiques en action, pour pouvoir les contourner.
Il me semble important de bien connaître les règles du jeu avant de se lancer dans la partie.
Nous pouvons changer certains aspects de l’image que l’on donne, mais nous ne devons pas tout abandonner au détriment de nous-même.
Apprenons à nous connaître et à connaître le monde qui nous entoure …
Gardons en mémoire que, même si notre libre-arbitre est socialement limité, il existe néanmoins …
A bon entendeur
A bientôt.
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