Entretien avec un ... Conseiller Professionnel (Part 2)
Bonjour à tous,
Aujourd’hui, je vous parlerai du métier de Conseiller Professionnel … à partir d’un entretien effectué avec une étudiante en Sociologie.
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Et sinon, ça fait combien de temps que vous faites ce métier ?
Ca fait 3 ans.
Est-ce qu’auparavant, vous avez fait, autre chose que conseiller professionnel ?
Ah oui, j’ai fait plein de choses … beaucoup, oui.
C’était des métiers en lien avec ce que vous faites aujourd’hui ?
ça dépend de quel point de vue on se place, de mon point de vue c’est complémentaire.
Du point de vue d’autres personnes on peut considérer que c’est antinomique, mais pas pour moi.
Je suis formateur à la Chambre des Métiers, donc je forme les chefs d’entreprise au Droit du Travail, Ressources Humaines, Psychopédagogie, Affirmation de soi, Gestion du stress.
Je travaille également avec l’Institut de Formation en Soins Infirmiers pour le recrutement des étudiants infirmiers et je les revois en troisième année sur des modules de Satisfaction au Travail, Qualité de vie au travail, Surdité et Paralangages, et Psychologie de l’adolescence.
Je travaille également avec l’Ecole d’Ingénieur de Blois, où je forme les troisièmes années à la Psychosociologie du travail.
Je crois que c’est à peu près tout, pour le moment.
C’est vrai que j’ai un emploi du temps chargé, mais je ne fais pas plus de trente neuf ou quarante deux heures, ça dépend des semaines … mais pas plus. Et puis de toute façon le week-end, je ne travaille pas : je glande… Chaque chose à sa place… Pour le moment c’est à peu près tout.
Pour en arriver à faire toutes ces choses là, vous avez fait quoi comme études ?
Après c’est quand même pas mal de concours de circonstance, j’explique : donc moi j’ai passé mon bac il y’a quinze ans maintenant de ça. J’ai commencé à travailler: je voulais voir un peu le monde du travail, je voulais voir comment ça se passe.
J’ai fait de l’industrie, j’ai fait de la restauration, j’ai fait de la distribution, tout ça c’était bien, c’était intéressant … vider des camions, vider des wagons la nuit, c’était rigolo, puis au bout d’un moment je me suis dit : « Mon bonhomme tu as un bac en poche, je pense que tu ne vas pas faire ça toute ta vie », à partir de ce moment là, donc quatre ans après, j’ai repris mes études.
Et en reprenant mes études je me suis dit « Quelle est la filière qui m’intéresse le plus, dans laquelle je vais me sentir le plus à l’aise et qui pourra m’être utile plus tard ». Et j’ai choisi la psychologie et au fur et à mesure, après je me suis dit « En fait ce qui m’intéresse dans la Psychologie, c’est la psychosociologie », et arrivé en Licence, toutes mes options : je les avais en Psychosociologie, et puis après je suis parti à l’armée parce qu’il a fallu.
J’ai passé presqu'un an là bas, après je suis revenu, je me suis inscrit en Maîtrise en Psychosociologie du travail et des organisations.
La maîtrise en poche je me suis dit « Bon, le Master sur Tours il n'est pas encore ouvert », enfin à l’époque ça s’appelait un D.E.S.S, ce n’était pas encore ouvert, je me suis dit « Bon je vais continuer à travailler, je vais aller me faire mon expérience, et une fois que ça sera fait, je postulerais pour le D.E.S.S qui sera sur Tours ».
Et puis j’ai fait un an et demi de chômage parce que ça ne voulait pas venir, j’ai fait un ou deux remplacements. J’ai fait deux remplacements ici, puis l’année d’après c’est la Chambre des Métiers qui m’a recruté, la même année l’Institut de Formation en Soins Infirmiers aussi, puis ici ils m’ont rappelé, je suis revenu et depuis tout roule.
En fait, c’est aussi un concours de circonstance parce que pour les organismes de formation … je me suis retrouvé dés la première mission pour laquelle j’ai été recruté, à discuter dans les couloirs, et on m’a proposé d’autres choses, alors que ce n’étaient pas des offres qui étaient tombées comme ça.
Pour l’Ecole d’ingénieurs, ils m’ont recruté … ils m’ont trouvé sur Internet. J’ai un site Internet, ils m’ont trouvé et … ils m’ont appelé pour me dire voilà « On a un projet à vous proposer, est-ce que ça vous intéresse ? ». Donc j’y suis allé.
Donc après comment est-ce qu’on fait pour en arriver là, je dirai la plupart d’entre nous, c’est un peu un concours de circonstances.
Maintenant la formation de Conseiller en Insertion, elle est récente. Jusque là, la plupart des conseillers étaient effectivement, soit d’anciens travailleurs sociaux, soit des gens qui comme moi sont passés par la Psychologie, multiplie les activités pour essayer d’avoir un maximum de connaissances du monde de l’entreprise et du monde du demandeur d’emploi en particulier.
Maintenant, l’insertion recrute aussi beaucoup de commerciaux, de plus en plus, pour faire de la prospection. Compréhension du monde du demandeur d’emploi et compréhension du monde de l’entreprise, ce sont les deux phases complémentaires, on ne peut pas faire l’un sans l’autre.
Si on est focalisé que sur le demandeur d’emploi. On risque d’entretenir le demandeur d’emploi dans ses problématiques et faire du social que pour faire du social et ce n’est pas bon pour lui … ni pour nous d’ailleurs
Et si on est axé que sur l’entreprise … fatalement tous ceux qui ne rentrent pas dans le cadre, ils vont rester sur le carreau … donc ce n’est pas bon non plus … ni pour eux, ni pour nous.
Donc à mon avis, le mieux c’est effectivement d’avoir les deux facettes. On ne peut pas travailler l’un sans l’autre, si l’entreprise a des besoins de compétences, les demandeurs seront là. Si les demandeurs d’emploi ont besoin de retrouver un travail ça ne passera que par l’entreprise.
ça ne peut pas fonctionner l’un sans l’autre. Ce ne sont pas deux mondes opposés. En tous les cas, ça me semble une aberration de fonctionner comme ça. J’ai quelques collègues qui pensent ça et je trouve ça dommage. Ce n’est pas les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. Les cow-boys et les Indiens : c’est fini ça … c’est fini.
Quelles sont les freins qui ont conduit les demandeurs que vous recevez, à s’éloigner du monde du travail?
Le niveau de qualification … c’est-à-dire soit des gens qui ont un diplôme mais qui correspond plus au monde du travail actuel. Là, j’ai une dame par exemple, elle a un CAP de perforatrice de carte IBM. Il ne faut pas me demander ce que c’est, je n’en sais rien, j’étais probablement pas né à l’époque où ça existaient ces trucs là. Je n’en sais rien, je ne sais pas ce que c’est, tout ce que je sais c’est que ses connaissances du milieu informatique sont bien décalées de ce qui se fait à l’heure actuelle. Sinon j’ai eu médecin radiologue dans son pays d’origine. Ce n’est pas un manque de niveau de qualification, c’est que là, le niveau de qualification n’est pas adapté à ce qui se fait ici… Des ingénieurs nucléaires en Iran, etc.…
Et ça ne colle pas en France, parce que la France ne reconnaît pas les diplômes, enfin certains diplômes obtenus à l’étranger. Je ne sais pas pourquoi, et puis, à la limite je ne veux pas le savoir, je pense que sinon ça me mettrait en colère. Mais je ne veux pas le savoir.
Toujours est-il que majoritairement on a des problèmes de qualification, difficultés de mobilité, quoi que la mobilité, j’ai parfois l’impression que ce soit les demandeurs d’emploi ou les entreprises qui se mettent ça comme frein supplémentaire … Moi ça fait presque dix huit ans que je travaille, je viens simplement d’obtenir mon permis, et pourtant je n’ai pas arrêté de travailler jusqu’à présent. J’ai du mal à concevoir comment ne pas avoir de moyen de locomotion, ça peut être un frein … quand on veut, on peut.
Je me souviens d’avoir vidé des wagons à deux heures, trois heures du matin et dans des zones industrielles ou dans des zones d’activités commerciales très loin mal desservies par les bus. Il fallait y aller, j’y allais.
Difficultés avec la langue aussi beaucoup, ça, ça revient souvent et curieusement des personnes de nationalité française ou non.
Un problème d’alphabétisation, d’illettrisme assez important et enfin il y’a un sérieux décalage avec le monde du travail, souvent des longues périodes d’inactivité, ça, ce sont les choses qui reviennent assez fréquemment, après … jeunes, âgés, hommes, femmes, avec ou sans enfants, mariés, concubins, divorcés, tout ça c’est variable.
Mais le plus gros des difficultés, oui, c’est au moins ces quatre là.
Et puis les difficultés de santé aussi qui reviennent aussi assez régulièrement. On fait avec, il faut juste adapter l’emploi.
Pour amener le demandeur vers l’entreprise vous agissez comment et avec qui ?
Il y a les possibilités de stages, il faut voir ce qu’attend la personne parce qu'il y’a … certains stages qui vont être utilisés par la personne uniquement pour se mettre volontairement en difficulté, il y’a d’autres stages qui vont être utilisés par l’entreprise uniquement pour de la rentabilité, alors que ce n’est pas fait pour ça etc.… En même temps je dirais que les stages comme les emplois il y’a des bons et des mauvais côtés, y’a des gens qu’en abusent d’un côté comme de l’autre, puis il y’a des gens avec qui ça se passe très bien.
Après, les amener à l’emploi, c’est effectivement faire en sorte qu’ils passent déjà un premier entretien d’embauche, qu’ils arrivent à faire un premier remplacement ou qu’ils trouvent un premier contrat et après à charge à moi de rester en contact avec eux et avec l’entreprise, pour que, au moins les six premiers mois du contrat ils arrivent à se coordonner tous ensemble.
Au moins six mois. Après au-delà de six mois en général, on n'a plus de nouvelles… on n'a plus de nouvelles parce que les gens, quand ils ont changé de statut : entre demandeur d’emploi et salarié, après ils estiment que c’est une page à tourner et c’est très bien, c’est très bien. Nous devenons le passé.
Le but du jeu c’est qu’on passe le moins de temps possible ensemble et ça pareil … ça fait partie des premières choses que je leur dis « On passera le moins de temps possible ensemble et une fois que vous serez sortis de là… enfin on n’aura pas forcément de rapport après ».
Et ça peut durer combien de temps pour que les demandeurs trouvent un emploi?
En moyenne 18 mois. C’est pour ça que je dis en moyenne parce qu'il y’en a certains où ça va durer 24 mois et d’autres en 6 mois c’est réglé.
Tout dépend du degré de confiance que la personne s’accorde, du degré de confiance qu’elle m’accorde, du niveau de qualification au départ, de son âge, de ses opportunités par rapport aux entreprises qu’elle a visées, parce qu'il y’en a certaines qui sont plus fermées que d’autres…,
Du moment où on va se rencontrer, si on se rencontre en plein été, là on est sûr qu’on peut attendre au moins une année, parce que l’été ce n’est pas la période de recrutement, tout simplement.
Alors du coup pendant l’été où il y aura moins de recrutements, on va alors retravailler sur la lettre de motivation, sur le CV, présentation de l’entreprise, Droit du travail etc.… Mais je sais que pendant les trois mois d’été, la recherche d’emploi pur, ça ne sert pas à grand chose, c’est un peu une perte de temps. Donc on va axer l’accompagnement sur autre chose et principalement sur l’individu.
Mais de toute façon, il faut se rentrer une chose dans la tête c’est que : Et d’une, on ne pourra pas sauver tout le monde, et de deux nous avons du travail parce que d’autres n’en ont pas. Et à partir du moment où on a ça, rentré dans l’esprit, déjà ça calme. Non, on ne peut pas sauver tout le monde.
Quel rôle avez-vous dans les ateliers mis en place par l’association ?
C’est moi qui les forme le mercredi après-midi : soit pour les recherches d’emploi, soit la connaissance des entreprises, soit de la communication. On fait de temps en temps venir des intervenants, donc soit des gens de l’ANPE, de la CAF, d’organismes de formation pour leur expliquer aussi comment ça fonctionne.
Donc le but, en fait, c’est de lever un maximum d’interrogations, et d’incertitudes. A partir du moment où les gens ils savent à quoi s’attendre : et d’une ils ont plus confiance en moi, mais surtout plus confiance en eux, et après on avance un peu plus vite. Plutôt que de leur dire « Voilà, là vous allez dans cette direction là, là c’est là, après … » autant qu’ils fassent leur choix eux-mêmes à partir des connaissances qu’on leur a données.
…
A bientôt.
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