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19/06/2008

Entretien avec un ... Conseiller Professionnel (Part 1)

Wolf Bonjour à tous,
Aujourd’hui, je vous parlerai du métier de Conseiller Professionnel … à partir d’un entretien effectué avec une étudiante en Sociologie.



«
Pouvez-vous m’expliquer votre rôle au sein de l’association et aussi dans la réinsertion professionnelle des personnes que vous accueillez ?
D’accord. Alors, l’association elle se répartit déjà en quatre structures différentes : le centre social, le centre de loisirs, la bibliothèque de quartier et nous, sur le pôle insertion.
Donc moi, là dans le cadre du pôle insertion, je suis engagé en tant que conseiller professionnel, c’est-à-dire pour aider les demandeurs d’emploi à trouver un travail.
Donc soit dans le cadre du P.L.I.E, Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi, qui est commandité par Tours-Plus, c’est la communauté d’agglomération, là pour cette entité-là, je fonctionne pour un mi-temps. J’ai également un mi-temps pour le Conseil Général où là on fait du suivi de bénéficiaires du RMI, plus une petite partie sur les chantiers d’insertion où là je fais aussi de la formation.
Le but du jeu, c’est, avec les personnes, quel que soit leur parcours, quel que soit le stade où ils en sont, donc soit dans le cadre du P.L.I.E, du RMI ou du chantier d’insertion, de les prendre dans leur globalité avec leur passé, leurs aspirations, tout ce qui fait leur présent et les amener progressivement vers l’emploi. Et le travail durable en particulier.

Donc vous les amenez vers un emploi durable, et  un contrat, si possible à durée indéterminée ?
C’est ce qu’il y a de mieux, c’est ce qu’il y a de mieux, après… ce n’est pas toujours le cas, ce n’est pas toujours possible parce qu’il y’a une conjoncture socio-économique à prendre en considération, les entreprises, en fonction des moments, qui sont pas forcément aptes à embaucher, il y a des moments qui sont plus propices à l’embauche que d’autres.
Donc il y a tous ces paramètres à prendre en considération, sachant aussi que les gens n'ont pas forcément envie d’aller vers les métiers qui recrutent.
Par exemple là en ce moment là où ça recrute le plus c’est plutôt : l’hôtellerie, la restauration, le bâtiment…
Les personnes que je rencontre, elles ont entre 26 et 56 ans, le bâtiment ce n’est pas forcément leur truc, donc il y a aussi ça à prendre en considération.
L’emploi, c’est effectivement une bonne chose, maintenant la personne, elle va quand même y rester un certain temps et le but c’est qu’elle s’y sente bien quand même.
Le conseiller qui veut faire uniquement des statistiques, il peut se dire « voilà on embauche dans le bâtiment » et il pousse toutes les personnes qu’il a dans le bâtiment, ça va être bien sauf qu’au bout de trois à six mois, ils vont tous repartir et ce ne sera pas de l’emploi durable, ce n’est pas intéressant ni pour eux, ni pour nous d’ailleurs.

Parce qu’après ils reviennent ?
Oui, aussi … il y en a qui reviennent, oui.
Il y a des habitués du système de l’insertion aussi.

Je voulais savoir comment vous procédez avec les demandeurs pour leur trouver un emploi qui puisse leur convenir ?
La première chose à faire en fait quand on rencontre les personnes… Déjà pour la plupart ils ont déjà un parcours dans l’insertion professionnelle, ils ont rencontré un certain nombre d’accompagnateurs, un certain nombre de référents, de conseillers, donc ils ont déjà plus ou moins une certaine habitude de penser avec ce système d’insertion. Au début, en tout cas, ça m’avait surpris mais certains connaissaient nettement mieux le système que moi… les manières de détourner certaines attentes de l’ANPE entre autre, et moi je trouvais ça excellent.
J’ai beaucoup appris avec eux au début, j’ai beaucoup appris.
Donc en fait le but du jeu, ça va être déjà de … pas casser cette relation au social mais de…, enfin pas casser la relation au travailleur social mais en tous les cas de réinvestir les choses d’une autre façon, faire comprendre que d’une part moi je suis là en tant que conseiller professionnel, je n’ai aucun droit vis-à-vis de l’ANPE, mais d’autres instances de financement et que la relation qu’on va avoir, elle est uniquement basée et d’une la compréhension de l’entreprise et de la compréhension de leurs propres motivations et moi je fais l’interface.
Donc une fois que ça c’est à peu près compris, on va essayer de déblayer… ce qu’ils ont fait, pourquoi ça a marché, pourquoi ça n’a pas marché, ce qu’ils souhaitent faire, sachant que la plupart du temps ils veulent tout… ils veulent faire tout, mais en même temps sans rien savoir de précis, donc on va éliminer… ce qu’ils ne veulent pas faire.
Une fois que ça c’est fait, on arrive à quatre, cinq choix, trois peut être tout au mieux et en fonction de ça, on va se mettre effectivement à la recherche réelle d’emploi, mais dans un premier on ne va pas se lancer directement dedans … sachant qu’au début, je dirais que la relation… les premiers contacts avec un demandeur d’emploi c’est comme…un entretien d’embauche ou comme… un entretien de séduction.
En fait, chacun va donner le meilleur de lui-même et en fait avec le temps on va s’apercevoir qu’il y a des choses qui n’étaient pas tout à fait vrai… et puis ça va se construire avec le temps, on s’aperçoit en fait, qu’il y a la garde des enfants qui gêne, ou alors y’en a d’autres qui vont dire déjà d’entrée de jeu, « je veux travailler mais j’ai la garde des enfants » ce qui fait, que nous il va falloir creuser autres choses ou trouver des moyens alternatifs pour faire en sorte que la personne elle y aille quand même.

C’est pour ça que vous avez aussi un centre de loisirs en partenariat ?
Non, non ce sont des choses autonomes parce que la plupart du temps les gens, moi, que je reçois donc 26-56 ans, ils sont issus du secteur Ouest de l’agglomération donc ça va… du Cher à l’Avenue de Grammont jusqu’à la Loire et La Riche, donc ça pousse un sacré périmètre. Le centre de loisirs, il est principalement fait pour les gens du quartier.
Ce sont deux unités bien différentes : l’association et le centre de loisirs.
On n'accueille pas que des personnes du quartier et heureusement que toutes les personnes du quartier ne sont pas à la recherche d’un emploi, y’en a qui bosse quand même.

Les demandeurs d’emploi viennent- ils vous voir de leur propre plein gré ?
Non, non, on leur demande de venir, l’ANPE leur demande, la Direction du Travail peut leur demander, les services du RMI du Conseil Général peuvent leur demander, ils n’ont pas le choix et moi non plus.

Dans un tel climat d’obligation, quelle est votre relation avec la personne au départ ?
Ils sont tous obligés… ils sont tous obligés, ils n'ont pas le choix donc moi la première chose que je vais leur dire c’est ça déjà « vous n'avez pas le choix et moi non plus, donc après je ne sais pas combien de temps on va passer ensemble mais autant faire en sorte que ça se passe le mieux possible ».
La relation de confiance, elle va se baser avec le temps, à partir du moment où moi, je suis clair avec eux justement sur le fait de dire « Voilà vous n'avez pas le choix moi non plus et que tout ce qui va aller, je vais vous le dire et tout ce qui va pas aller, je vais vous le dire aussi ».
Parce qu’il est hors de question de continuer à entretenir cette relation avec les travailleurs sociaux, moi je ne me considère pas comme un travailleur social et ce n’est pas comme ça que ça va marcher … donc à partir du moment où les choses sont cadrées, sont dites depuis le début, que moi je fais ce que je dis et je dis ce que je fais, à partir de ce moment là, les gens commence à parler avec confiance.
Si jamais il y’avait un pépin, je serais là pour les défendre parce que c’est aussi mon travail, dans la limite de ce qu’on aurait fait précédemment, je ne vais pas défendre de manière inconsidérée.

Après avoir fait le choix d’un métier, qu’est ce que vous allez faire pour accompagner les demandeurs vers une entreprise?
La première chose à faire … en tous les cas moi, ce que je vais faire, c’est leur faire comprendre comment fonctionne une entreprise, leur faire comprendre pourquoi un employeur ne répond pas toujours quand ils envoient une candidature, leur expliquer quel est le chemin d’une offre d’emploi dans le système ANPE, leur expliquer comment fonctionne une séance de recrutement  etc.…
Une fois que tout ça c’est fait, on va pouvoir retravailler sur le CV, la lettre de motivation je vais leur expliquer un petit peu le droit du travail, un petit peu de communication.
Une fois que ça c’est fait effectivement, on va chercher à obtenir des entretiens d’embauche, des contacts avec des employeurs donc soit en faisant des visites d’entreprise, soit en demandant à des employeurs de venir etc.…Pour essayer de multiplier les contacts, de façon à ce que ce ne soit pas « le pauvre petit demandeur d’emploi constamment en attente de la réponse » du « méchant employeur ». Le principe c’est de casser cette image là, les stéréotypes ont la vie dure et j’avoue que c’est le plus compliqué.
Mais bon ce sont les règles du jeu et j’essaye de le faire … au mieux en tous les cas.

Et pour leur trouver une entreprise vous passez par l’ANPE ?
Absolument pas.
Les offres ANPE je ne m’en sers pas pour moi, je vais demander aux gens effectivement de regarder les offres ANPE et de postuler pour qu’ils gardent le réflexe de chercher, mais moi les offres ANPE ça va surtout me permettre de prendre la mesure sur les mouvements des entreprises et types de recrutement.
Ce qui fait que, sur une année, quand je vois qu’une entreprise recrute toutes les cinq semaines, je m’inquiète. Et quand j’ai un bénéficiaire qui me dit « voilà je veux postuler là parce qu’ils embauchent », je lui dis « Surtout pas, surtout pas, toutes les cinq semaines, ils recrutent ça veut dire que soit les gens ne tiennent pas en poste, c’est une probabilité, soit on a un problème de management, soit on a un problème de contrat etc.… »
Donc je mets en avant un certain nombre de conseils, maintenant si la personne elle veut y aller, elle y va, pas de problème.
Quelle que soit l’entreprise choisie, je n’ai pas à avoir d’à priori, simplement conseiller, dire simplement « voilà ce que vous pouvez gagner, voilà ce que vous pouvez risquer, après vous faites ce que vous voulez ».
Les offres ANPE, pour moi,  c’est surtout pour prendre la mesure, je m’en sers plus comme moyen d’observation. Moi je ne perds pas de temps avec les offres de ll’ANPE, sachant qu’en envoyant une demande : si pour une offre, l’employeur reçoit 200 réponses : on a en moyenne 0,5% de chance d’avoir un entretien concluant, je vais chercher ailleurs, par mes propres moyens. »



A bientôt.
15.

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