la Renaissance. Bonjour à tous,
Pour faire suite à :
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2010/03/d%C3%A9pendanceind%C3%A9pendance-%C3%A0-l%C3%A9gard-du-champ-et-soumission-%C3%A0-lautorit%C3%A9.html
Je souhaitais vous parler de l’influence des minorités sur la dépendance-indépendance à l'égard du champ et la soumission librement consentie.
Comme moi, vous avez dû remarquer le jeunisme forcené opéré par la société. Cette tendance s’observe aussi dans la santé (avec des slogans sur le nombre de fruits et légumes conseillé par jour …), préconisant régime et sport, proscrivant sucre, tabac, alcool … ce qui ne me paraît pas être une mauvaise chose en soi.
Attention toutefois aux effets pervers de cette dynamique. Reprenons les éléments un à un.
- D’abord, une population donnée se répartit souvent selon la loi gaussienne. Pour simplifier, c’est-à-dire qu’il y a peu d’individus à mesure qu’on se rapproche des extrémités de la courbe, et une grande partie des individus se situe en son milieu. Par exemple, pour une population humaine adulte dont la norme se situerait entre 1m45 et 1m85, il y aura moins d’individus ayant une taille inférieure à 1m45, encore moins d’individus ayant une taille inférieure à 1m35, encore moins d’individus ayant une taille inférieure à 1m25 et ainsi de suite … il en est de même pour les individus ayant une taille supérieure à 1m85.
Cette courbe est aussi représentative pour la répartition des QI, des corpulences des individus … et tellement d’autres encore qu’elle en devient presque galvaudée.
Concernant l’âge et la répartition dite normale de la population, en théorie, il n’y a pas de lien, regardez "les accidents " visibles sur une pyramide des âges.
Or, lorsqu’on observe les médias (radio, télévision, presse écrite, panneau publicitaire …), l’augmentation des images liées à la jeunesse (au détriment parfois de l’ultra-jeune et du senior) tend à créer l’illusion qu’elle est omniprésente voire représentative de la majorité de la population.
Ainsi, la mode en tant que phénomène sociétal a pris place parmi les points de repère constitutifs de la société.
Au-delà du constat, ce qui me paraît dangereux, c’est ce que j’appellerai "le glissement de la norme". Car, en fait, ce que les médias renvoient comme images, ne constituent pas la majorité de la population, mais bien une minorité (eh oui, le profil mannequin est minoritaire).
Et à force de battage autour de cette minorité et d’absence de représentation de la majorité, l’observateur tendrait à penser que ce qu’il voit véhiculé par les images est en fait la majorité.
(Désolé pour l’animation rudimentaire, mais je n’en ai pas trouvé qui expliquait ce que je voulais dire. Alors, j’ai dû la faire moi-même.). Cliquez sur l'image :
Prenons une population ordinaire (en vert), prenons ensuite une population minoritaire de type mannequin (ça marche aussi avec une population minoritaire de type jeunes écervelés brûleurs de voitures) par exemple (en bleu violet). L’effet de focalisation sur cette minorité produit une illusion d’optique qui donne l’impression que la population en bleu violet est dans la moyenne (voire majoritaire) et pire encore que la population en vert est minoritaire.
Ce glissement de la norme pourrait expliquer pourquoi les jeunes des quartiers sont identifiés comme des délinquants en puissance, pourquoi les chômeurs sont reconnus pour être des manipulateurs du système, pourquoi les adolescentes se trouvent toujours de l’embonpoint …
Bien sûr, j’exagère un peu volontairement. Toujours est-il qu’avec ce glissement de la norme, les points de repères s’en trouvent décalés, en même temps qu’il est fait une généralisation à partir d’une minorité. Pire, il conduit à une acceptation d’un modèle identificatoire qui n’est pas identifié comme étant minoritaire.
L’acceptation de la mode ne serait-elle pas une forme de soumission librement consentie ? Sous couvert de raisons de santé (dangers du tabac et de l’alcool, bienfaits du sport et de "l’alimentation saine" …), ne sommes-nous pas en train de nous priver volontairement de certaines libertés ?
Par curiosité, tapez Rubens dans un moteur de recherche, dans l’onglet image (ça marche aussi avec Vinci ou Botticelli). Vous verrez que les modèles de l’époque étaient tout autres. Ces représentations féminines sont caractéristiques des peintures de
- Revenons maintenant sur la dépendance-indépendance à l'égard du champ, la soumission à l’autorité et l’influence des minorités.
A force de focalisation sur la minorité, l’observateur entre en difficulté pour dissocier les éléments du champ, consécutif au glissement de la norme.
Conséquence de quoi, l’individu tend à considérer que le modèle ainsi présenté est celui à qui il faut ressembler, parfois au prix de sacrifices.
Et puis, quelle est la représentation qu’ont d’eux-mêmes ces individus qui sont identifiés comme minoritaires suite au glissement de norme (la population en vert) ? Ne sentent-ils pas incompétents, inadaptés, marginaux, hors la norme … ? Et qu’existe-t-il pour les soulager dans cette nouvelle souffrance ?
A nouveau je le dis, en ayant une perception globale, je crains qu’on s’approche d’un avilissement de plus en plus marqué.
Dans le même ordre d’idées, j’ai quelques questions en tête :
1- Le concept de développement personnel par le travail n’est-il pas une forme de soumission librement consentie suite à un glissement de la norme ?
Car en fait, "les acharnés du travail", les stakhanovistes me semblent minoritaires. Or, leur hypermédiatisation et l’effet focal qui en découle créent l’illusion qu’ils sont des modèles identificatoires. Et que deviennent les salariés qui ne peuvent tenir le rythme de ces icônes ? Ne seraient-ils pas perçus comme minoritaires potentiellement excluables ?
2- L’hypermédiatisation du thème de la souffrance au travail n’entraîne-t-il pas un glissement de la norme qui le rend "normal", voire acceptable ?
Focaliser sur ce thème donne l’illusion qu’il se produit souvent et partout. Ce qui produit 2 choses, à mon avis : le besoin pour les individus non-en-souffrance de se "chercher" des souffrances professionnelles pour rester dans la norme et la banalisation de souffrance au travail. "Si tout le monde souffre et que c’est normal, pourquoi devrais-je en parler ?". De cette banalisation découle le silence. De plus, n’y a-t-il pas une marginalisation de ceux qui ne souffrent pas dans leur travail ?
3- L’image médiatisée du demandeur d’emploi n’est-elle pas stigmatisante ?
Quel que soit l’angle d’approche, la représentation qu’on a d’un demandeur d’emploi n’est pas particulièrement positive, d’ailleurs, au cours de mon expérience en tant que conseiller professionnel, j’ai aussi constaté qu’ils n’avaient pas non plus une bonne image d’eux-mêmes.
Ainsi, il en découle une banalisation des exclusions. Licenciement et chômage ne sont-il pas, en fait, une injustice banalisée ?
4- Les nouveaux entrants dans un groupe ne se soumettent-ils pas volontairement pour ne pas en être exclus ?
Prenons l’exemple d’un nouveau recruté : il vient de passer les "épreuves de sélection" du processus de recrutement, il est donc l’élu, le meilleur parmi les candidats. Or, même s’il a des compétences, il a à apprendre pour s’intégrer et pouvoir travailler de façon optimum dans ce nouvel univers : il n’est plus le meilleur. Pire, pour prouver sa valeur et sa motivation, il peut être amené à faire les tâches dont personne ne veut. Et dans ces tâches parfois ingrates, il va devoir prouver qu’il est le meilleur. Alors, le coaching en entreprise n’est-il pas une façon de justifier la soumission des excluables ?
5- L’hypermédiatisation du stress au travail n’entraîne-t-il pas un processus de victimisation et de recherche de coupable ?
J’ai vu une publicité télévisée d’un laboratoire qui propose un médicament contre le stress …
Cela donne l’idée que le stress est une maladie (bof !!!), une maladie qui se soigne (c’est mieux !!!), voire une maladie qui se soigne par molécules (et là, c’est grave). Ce qui a tendance, selon moi, à positionner l’individu en souffrance comme une victime dont les moyens d’actions se réduisent à l’achat de ces pilules magiques. J’avoue que cette hypermédiatisation de la victimisation m’exaspère quelque peu. Cette diffusion à outrance n’entretient-elle pas la vision marxisante des relations au travail ?
… Voilà pour mes quelques observations existentielles.
En fait, je crois que nos espaces de liberté ont des limites et que notre libre-arbitre peut s’exercer à l’intérieur de ces limites. Il me paraît envisageable de dissocier les éléments du champ ou de décomposer les sources de stress (ou d’insatisfactions chroniques au travail) pour tenter de s’en rendre indépendant. A contrario, percevoir les phénomènes qui nous entourent de façon systématiquement globale tendrait à augmenter notre incapacité à refuser l’inacceptable.
Donc en combinant les expériences de Milgram et la théorie dépendance-indépendance à l'égard du champ, j’aurais tendance à penser que nous avons tous la possibilité de dissocier les éléments du champ pour accepter, décider et choisir de se soumettre ou non. En clair, que même si notre libre-arbitre est socialement limité, il existe néanmoins …
A bon entendeur …
A bientôt.
15.









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