Bonjour à tous,
Aujourd’hui, je vous parlerai de d’indépendance à l’égard du champ.
Qu’est-ce donc ? Et pourquoi ? Me direz-vous.
1- L’idée a fait son chemin dans mon esprit suite à la lecture du N°213 de Sciences Humaines (Mars 2010), dont le dossier est "L’énigme de la soumission".
- Bien évidemment, il est question de l’expérience de Milgram.
(Re) voir :
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/10/effet-milgram-e.html
Sinon, pour les cinéphiles, il y a cette séquence d’anthologie, dans "I" comme Icare", film de Henri Verneuil (1979) avec Yves Montand. (19min38).
(Re) voir :
http://www.dailymotion.com/video/x96h5v_experience-milgram-ds-i-comme-icare_news
Les expériences de Milgram ont été réalisées entre 1960 et 1963 (avec plus de 19 variantes) et les résultats sont toujours aussi effarants. Dans la version "la plus simple" (comme celle du film), les 2/3 (soit 62,5%) des "candidats" se soumettent jusqu’à administrer des décharges de 450V à leur "victime". Elles ont été maintes fois renouvelées depuis, avec la même stabilité dans les résultats …
- Il y est aussi question de cette émission qui sera diffusée prochainement par le Groupe France Télévision. Le concept de ce jeu-documentaire est inspiré des expériences de Milgram, l’autorité scientifique a été remplacée par l’autorité télévisuelle. Les résultats obtenus sont de l’ordre de plus de 80% (voire 82%) de soumission volontaire …
Ce qui m’intéresse là, ce n’est pas d’expliquer ou de justifier la propension à se soumettre à une autorité reconnue comme légitime. Mais plutôt d’essayer de comprendre comment 37,5% (pour Milgram) et 20% (pour le jeu-documentaire) des "candidats" ne se soumettent pas.
D’après les conclusions de Milgram, ce qui ferait la différence : c’est l’état d’autonomie (lorsque l’individu s’estime responsable de ses actes, avec sa conscience comme guide) et l’état agentique (lorsque l’individu s’estime comme faisant partie d’une structure hiérarchique et l’autorité hiérarchiquement supérieure à lui est responsable de ses actes). L'obéissance, dans certaines circonstances, dépendrait très peu de la personnalité du sujet. Certains de nos comportements seraient déterminés par la situation dans laquelle on est placé, notamment la situation sociale. La reconnaissance de l'autorité et la déresponsabilisation de la cible de l'autorité seraient deux facteurs psychologiques essentiels dans l'apparition de l'obéissance.
Le problème de l'obéissance ne serait donc pas entièrement psychologique. La forme et le profil de la société ainsi que son stade de développement seraient des facteurs dont il conviendrait de tenir compte.
Alors si le problème de l'obéissance n’est pas entièrement psychologique, cela signifie qu’il y a quand même une part de responsabilité individuelle, ne serait-ce que dans le "choix" entre l’état d’autonomie et l’état agentique.
D’après le dossier de Sciences Humaines, au sujet du jeu-documentaire, p43 : "(…) les sujets qui ont résisté à la pression du jeu avaient déjà réalisé (ou étaient prêts à le faire) les actes suivants : signer une pétition, participer à un boycott, une manifestation ou une grève sauvage, occuper des bureaux et usines. Toujours selon ses conclusions, les gens de gauche ont été nettement plus rebelles. (…)". Personnellement, cette conclusion me semble stigmatiser une catégorie de population : comme si, les orientations politiques d’un individu pouvaient expliquer sa disposition à se soumettre (???)
(Re) voir :
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2009/02/effet-tiroir-et-insertion-professionnelle.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2008/07/effet-barnum-ef.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/09/effet-pygmalion.html
2- D’autre part, vous savez mon attachement (peut-être utopique) à la notion de libre-arbitre. Intellectuellement, je ne parviens pas à réduire les comportements humains à des comportements de type pavlovien. Alors je cherche ce qui pourrait expliquer pourquoi certains individus ne se soumettent pas (et par voie de conséquence pourquoi certains se soumettent).
Récemment, je suis (re) tombé sur la théorie de Witkin, Goodenough, Oltman (1979) sur les styles cognitifs. Cette théorie distingue deux styles cognitifs : la dépendance et l'indépendance du champ. Elle s’inscrit dans la Gestalt Théorie (psychologie de la forme).
Selon eux, les individus dépendants du champ auraient une perception globale d'une situation. Ils éprouveraient plus de difficulté à abstraire les objets de leur contexte et du même coup à percevoir l'acte le plus approprié à telle ou telle situation. Ils auraient tendance à réprimer leurs sentiments. Aussi, ces différents traits contribueraient à développer une attitude de dépendance par rapport à l'environnement. Les indépendants du champ auraient un esprit plus analytique que les précédents : ils pourraient distinguer et abstraire les composantes d'une situation. Conscients de leurs sentiments et de leurs valeurs, ils auraient tendance à les exprimer clairement et avec assurance. Aussi, leur besoin de cohérence entre leurs valeurs et leurs actions serait plus grand que chez les dépendants du champ.
Bien, ça c’est la théorie, prenons maintenant un exercice pratique :
Selon la théorie dépendance-indépendance à l'égard du champ, les dépendants à l’égard du champ auraient tendance à voir la flèche de gauche plus grande que celle de droite (selon une perception globale), alors que les indépendants auraient tendance à voir les deux flèches de taille identique.
(Re) voir aussi :
http://www.univ-rouen.fr/servlet/com.univ.utils.LectureFichierJoint?CODE=1172696611874&LANGUE=0
http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/9900/bin26/laperce.htm
http://www.erudit.org/revue/rse/1983/v9/n3/900426ar.pdf
En clair, cela signifie que si nous choisissons ce modèle pour expliquer la soumission à l’autorité, alors nous pouvons penser que ceux qui auraient tendance à choisir de moins se soumettre seraient ceux qui auraient une plus grande indépendance à l’égard du champ. Et donc ceux qui auraient tendance à "choisir" l’état agentique seraient ceux qui auraient une plus grande dépendance à l’égard du champ.
De plus, en psychologie de l’apprentissage, on pose souvent une distinction entre cognition et conation.
- La cognition fait référence à l’acquisition des connaissances, à leur conservation (mémorisation à court/long terme, mémoire de travail) et à leur utilisation. Ce sont les processus mentaux de la connaissance incluant des aspects tels que la conscience, l’intelligence, la perception, le raisonnement et le jugement.
- La conation renvoie à l’orientation, à la régulation et au contrôle des conduites, c’est à dire aux choix que fait chaque individu et qui le conduisent à utiliser sa cognition, à l’orienter, à la contrôler pour finalement se satisfaire, à un certain moment, des résultats que cette cognition a permis d'obtenir.
Ces notions de cognition/conation, de choix et de perception me semblent correspondre à ma vision du libre-arbitre (et pourraient expliquer cette acceptation de la soumission à l’autorité).
Attention, je ne dis pas qu’il est important de ne pas se soumettre et de refuser l’autorité, je dis qu’il est important de dissocier les éléments du champ pour accepter, décider et choisir de se soumettre ou non. Car, il est des autorités qui maintiennent le tissu sociétal autant qu’il existe des autorités auxquelles nous devrions nous opposer.
Je vous propose un autre exemple pour évaluer la propension à dissocier les éléments du champ.
Ceci s’est passé en un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître … (en fait si, ils ont surtout retenu l’ampleur du mensonge) …
C’était donc en un temps préhistorique où la télévision n’avait encore que 5 chaînes (TF1, Antenne 2, FR3, Canal + et récemment La Cinq) …
C’était au printemps 1986, le 29 avril, pour être précis :
(Re) voir :
http://www.ina.fr/economie-et-societe/environnement-et-urbanisme/video/CAA86010630/plateau-pierre-pellerin.fr.html
http://www.ina.fr/economie-et-societe/environnement-et-urbanisme/video/CAB86010675/consequences-accident-centrale-nucleaire.fr.html
Puis le 6 mai 1986 : le ministère français de l'Agriculture diffuse un communiqué : "Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l'accident de la centrale de Tchernobyl"
Je me souviens aussi avoir vu un vieil homme en blouse blanche, nous expliquer, à la télévision, comment le nuage s’était arrêté à la frontière.
Volontairement, je ne reviendrais pas sur ce qui s’est passé les jours suivants, mon attention se portera sur les 1ers jours et les acteurs de diffusion de l’information :
La télévision
La 1ère chaîne :
Un professeur (homme en costume, d’âge mûr, légère calvitie, cheveux grisonnants)
Un couple de journalistes vedettes du 13H
Un journaliste scientifique reconnu
Un jargon scientifique incompréhensible pour le quidam
Son discours : "la santé n’est absolument pas menacée" … "sauf dans le voisinage de l’usine…"
La 2ème chaîne :
Un journaliste reconnu
Une animation qui montre la propagation du nuage de l’URSS, par la Scandinavie, par la Pologne, la RDA, la RFA et qui s’arrête à la frontière française
Et alors, que s’est-il passé ? Eh bien, toutes (ou presque) les personnes qui ont vu ces images, nous avons été dépendants à l’égard du champ. Dans sa grande majorité la population a retenu que le nuage s’était arrêté car la télévision l’avait dit et les scientifiques aussi.
(Re) voir :
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/01/la_communicatio.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/01/la_communicatio_1.html
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/01/la_communicatio_2.html
Rares ont été (les indépendants à l’égard du champ) ceux qui se sont demandé comment un nuage pouvait s’arrêter à une frontière, c’est d’ailleurs à eux que nous devons une partie de la vérité.
Par analogie, je pense que pour le stress au travail, nous pouvons opter pour le même type de raisonnement : quand nous avons la possibilité de décomposer les sources de stress (ou d’insatisfactions chroniques au travail) et donc de poser des mots sur les maux, il est envisageable de dissocier les éléments du champ pour tenter de s’en rendre indépendant. A contrario, percevoir le stress de façon globale tendrait à augmenter notre incapacité à l’évaluer et à le réduire.
(Re) voir :
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2008/06/satisfaction-au.html
Donc en combinant les expériences de Milgram et la théorie dépendance-indépendance à l'égard du champ, j’aurais tendance à penser que nous avons tous la possibilité de dissocier les éléments du champ pour accepter, décider et choisir de se soumettre ou non. En clair, que même si notre libre-arbitre est socialement limité, il existe néanmoins …
A bon entendeur …
A bientôt.
15.



















Les commentaires récents