Bonjour à tous,
Aujourd’hui, je vous parlerai du stress …
Avant toute chose, entendons-nous bien sur le terme. Quand je fais des formations "Gestion du stress" et que je pose cette question anodine à des chefs d’entreprise, des salariés ou des étudiants : "Pour vous, c’est quoi le stress ? ", les réponses confondent les causes et les conséquences (ou les symptômes), le stress aigu et le stress chronique …
Et nous, n’entendons-nous pas souvent "Je suis stressé(e) …" ou encore "ça me stresse …"
Alors, petits rappels :
Etymologiquement, le mot "stress" provient du latin "stringere" : mettre en tension (serrer).
1- Hans Selye est l’un des 1ers à s’être intéressé au stress (dès les années 1930, pour le faire rentrer dans le vocabulaire de médecine au début des années 1960). Cet endocrinologue décrit, en 3 étapes, "le syndrome général d’adaptation" (aussi appelé "Modèle de Selye") :
- la "phase d’alarme" : en réaction immédiate à un évènement stressant, le système limbique donne l’alerte. Le système nerveux sympathique active la glande surrénale qui libère de l’adrénaline et de la noradrénaline. Ces hormones vont préparer l’organisme à faire face en augmentant la quantité d’oxygène et de glucose dans le sang et les organes (cœur, cerveau, muscles).
- la "phase de résistance" : Le cortex surrénal élève la concentration de cortisol dans le sang, qui augmente la glycémie et la pression artérielle, mobilisant ainsi les ressources de l’organisme.
- la "phase d’épuisement" : L’excès de cortisol stimule l’organisme jusqu’à épuisement : pathologies cardio-vasculaires, musculo-squelettiques, infectieuses … Au niveau cérébral, les épines dendrites (au niveau des neurones) régressent.
La particularité du "modèle de Selye" est qu’il décrit des symptômes endocriniens sans pour autant définir "les évènements stressants". Par contre, il s’agit d’un phénomène "naturel" : "Le stress est la réponse non spécifique de l'organisme à toute demande. Par définition, il ne peut être évité".
2- En faisant un petit raccourci chronologique : depuis les années 1960, les chercheurs se sont intéressés aux causes de ce phénomène (sans pour autant y apporter une définition plus précise).
En 1967, Holmes et Rahe proposent une échelle pour 43 évènements de la vie : décès, mariage, grossesse, licenciement … et attribuent à chacun un "nombre de points" : 100 pour le décès du conjoint, 73 pour le divorce …
C’est le premier du genre : attention toutefois, il ne prend en compte ni les capacités d’adaptations individuelles ni la perception individuelle de l’évènement (par exemple : le divorce n’a probablement pas le "même poids" qu’on le décide ou qu’on le subisse …). De plus, il ne prend en considération que les évènements de la vie pouvant produire un stress aigu.
(Re) voir :
http://www.chambon.ac-versailles.fr/science/sante/stress/stress/echel.htm
http://www.passeportsante.net/fr/VivreEnSante/Tests/Fiche.aspx?doc=stress_ts
3- Contrairement aux idées reçues, il n’existe ni bon stress (Vs mauvais stress) ni stress positif (Vs stress négatif). Du fait de ses conséquences délétères sur l’organisme ou sur l’organisation du travail : scientifiquement, on ne peut pas parler de stress positif ou de bon stress. Même si, je sais qu’il existe les notions de stress négatif (Distress) et de stress positif (Eustress), pour le moment, j’opte plutôt pour la position de l’INRS.
(Re) voir :
http://www.inrs.fr/inrs-pub/inrs01.nsf/IntranetObject-accesParReference/Dossier%20Stress/$FILE/Visu.html
http://www.dmt-prevention.fr/inrs-pub/inrs01.nsf/IntranetObject-accesParReference/TC%20108/$File/TC108.pdf
4- Enfin, attention aux tests de mesure de stress disponibles sur Internet ou dans nos magazines préférés : souvent, ils ne prennent en compte que les évènements produisant des stress aigus (comme l’échelle de Holmes & Rahe) soit leurs items sont orientés vers des symptômes (irritabilité, fatigue, troubles du sommeil …)
Parmi les symptômes les plus fréquemment attribués au stress, nous trouvons :
- Les troubles nerveux (nervosité, impatience, tics, tension dans la gorge, la poitrine, l'estomac, les épaules, le cœur…)
- Les troubles respiratoires (respiration irrégulière, essoufflement …).
- Les troubles sensoriels (vertiges, bouche sèche, sueurs, mains et pieds froids, sensibilité accrue au bruit, épuisement …)
- Les troubles cardiaques (palpitations …)
- Les troubles digestifs (maux d'estomac, gargouillements, indigestion, ulcères gastriques, nausées, besoin permanent d'uriner, diarrhées …)
- Les troubles du sommeil (insomnies ou hypersomnies …)
- Les troubles de la sexualité
- Les troubles somatiques (céphalées, mal de dos, douleur à la nuque …)
Or tous ces symptômes peuvent avoir bien d’autres causes que le stress. Un diagnostic différentiel me semblerait pertinent. Par exemple, les troubles digestifs peuvent avoir d’autres causes telles que la prise d’un aliment (ou d’un médicament) non assimilé par l’organisme, une prédisposition héréditaire ou génétique, l’âge, un dérèglement hormonal …
Si le stress peut être impliqué dans toutes ces pathologies, il n'en est jamais le seul responsable. Tout au plus doit-on le considérer comme un facteur de risque qui va favoriser l'apparition ou l'aggravation du mal chez un individu prédisposé à telle ou telle affection par son hérédité, par son hygiène de vie ou par la présence d'un germe par exemple.
Donc évaluer le champ des possibles avant "d’accuser" le stress me paraîtrait judicieux.
Situation actuelle :
Voilà donc pour ces quelques rappels.
Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs et les institutions s’intéressent de plus en plus à ce phénomène. Non pas, à mon avis, qu’il soit plus développé aujourd’hui qu’hier, mais qu’aujourd’hui, nous disposons de quelques outils de mesure pour l’évaluer.
A ce jour, pour l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail : Le stress "survient lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d'évaluation des contraintes et des ressources soit d'ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas uniquement de nature psychologique. Il affecte également la santé physique, le bien-être et la productivité".
Parmi les outils de mesure utilisés, il existe plusieurs modèles :
- Le modèle de Laborit définit le stress comme réaction assurant la survie de l’organisme face à un danger. Elle se produit lorsque l’individu, face à une situation stressante, ne peut ni lutter ni fuir, subissant ainsi une "inhibition de l’action" aux conséquences potentiellement pathogènes.
Il repose sur une conception bio-comportementale du stress. La réaction de stress n’a qu’une finalité : assurer la survie de l’organisme face à un danger. Il repose sur nos connaissances dans le domaine de la biologie et des neurosciences.
- Le modèle de Lazarus met en évidence le fait que l’individu procède à une double évaluation face à une situation stressante : celle, primaire, du danger ou de la menace que fait peser cette situation, et celle, secondaire, des ressources dont il dispose pour y faire face. Lazarus insiste sur l’importance de cette perception de la situation comme menaçante. Autant que la situation de stress, c’est l’évaluation d’une menace sans possibilités d’y faire face avec suffisamment de ressources qui s’avère être nocif pour l’individu.
D’autres s’inspirent plutôt de l’ergonomie, et concernent spécifiquement le stress au travail :
- Le modèle de Siegrist pose que "l’effort que fournit l’individu va être atténué par le sentiment que cet effort "est payé en retour"". Cette "récompense" peut être aussi bien matérielle (rémunération) que sociale (reconnaissance) ou symbolique (sens donné à l’effort)
(Re) voir :
http://docs.bossons-fute.fr/Documents/Risques%20psychosociaux/Questionnaire%20SIEGRIST.pdf
- Le modèle de Karasek croise deux types de facteurs de stress : la demande (forte ou faible) faite à l’individu et le contrôle (fort ou faible) que ce dernier peut exercer sur son activité. D’où la possibilité d’établir une typologie des situations de stress au travail. Celles où le travailleur est soumis à une forte demande tout en ayant un faible contrôle de son activité, et où, en plus, son soutien social est faible (caissières, serveurs…), sont les plus stressantes.
(Re) voir :
http://travailsante.free.fr/
http://travailsante.free.fr/fichiers/karasek.pdf
http://travailsante.free.fr/fichiers/GEST05-ECM2007X.pdf
Et quelques autres encore :
http://www.cramra.fr/entreprise/risquesprof/dos_them_risquespsy/risque_psy_doc.htm
http://travailsante.free.fr/fichiers/stresscungi.pdf
http://www.lamaisondelautonomie.com/dmdocuments/Questionnaires%20FR.doc
Attention toutefois, même si ces modèles explicatifs et leurs questionnaires associés ont une forte validité scientifique, aucun d’eux ne peut à lui seul expliquer la totalité de la problématique du stress au travail.
J’avais lu l’interview d’une experte d’assistance-conseil en risques psychosociaux de l’INRS, dans la revue "Travail et Sécurité", p.14, Janvier 2010 : elle disait :
(…)"Actuellement, en France, il n’existe pas d’enquête nationale portant spécifiquement sur l’ensemble des facteurs de risques psychosociaux, seulement des enquêtes explorant pour partie certains de ces facteurs". (…)
(Re) voir :
http://www.travail-et-securite.fr/archivests/archivests.nsf/(alldocparref)/TS702page14_1/$file/TS702page14.pdf?openelement
A noter également que :
(…) "Le collège d’experts a retenu 6 principaux indicateurs : exigences au travail, exigences émotionnelles, autonomie …" (…)
(…)"Cela représente à ce stade une quarantaine d’indicateurs" (…)
Alors que, dans une étude faite en Belgique sur la satisfaction du personnel soignant (Lire "le Guide d’analyse des conditions de travail en milieu hospitalier", DIRACT, Bruxelles) Mme Dominique SAGEHOMME propose 10 critères d’observation et une centaine d’indicateurs …
Pour ma part, comme vous le savez probablement, un de mes sujets d’étude est le stress au travail, plus précisément, l’insatisfaction chronique au travail. Et, à ce jour, en recoupant, des études, des conférences, des entretiens (avec des chefs d’entreprise, des salariés et des étudiants) et sur la base de l’étude de D. SAGEHOMME, je pense avoir identifié, à l’intérieur de l’univers de travail, plus de 196 facteurs distincts (bien sûr, il me reste encore à finaliser le questionnaire et le faire passer pour valider mon hypothèse). Mais mon impression va vers le fait que le Stress est fait de stress (insatisfactions), comme l’Histoire est faite d’histoires.
Or si nous voulons mettre en place des actions de préventions sur ce phénomène encore mal délimité, nous ne pouvons pas le faire que sur la base d’un seul modèle. Il existe bien d’autres facteurs de stress dans le travail que nous ne pouvons pas ignorer.
(Re) voir :
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2008/06/satisfaction-au.html
Donc, nous avons à faire face à un phénomène dont les causes multiples ne sont actuellement pas mises en évidence ensemble par un même outil de mesure et dont les manifestations et la perception sont subjectives.
Quoiqu’il en soit, pour chaque individu touché, ce qui laisse penser que le stress peut être à l’origine d’un mal-être, c’est d’une part la perception de la modification du comportement (ou d’autres symptômes) et d’autre part, l’hypermédiatisation du thème qui le rend responsable de tous les maux.
Dans la continuité des travaux de Selye, il a été élaboré un autre modèle : "le cycle du stress", qui met en évidence les modifications comportementales et les feed-back.
(Re) voir :
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2007/02/le_cercle_vicie.html
En regardant ce schéma, on s’aperçoit que tout est sollicitations, tout est demandes, tout peut être stress … même isolé sur une île déserte comme Robinson Crusoé, l’être humain ne peut éviter les sollicitations du monde extérieur. Ce qui va différencier nos réponses, c’est notre façon de percevoir les situations "stressantes" et l’adaptation de nos comportements. Nos tensions vont ainsi être vécues avec des intensités et des durées différentes.
Mise en garde :
A ne pas oublier : le marché du malheur des autres est très lucratif. Chronologiquement, nous pouvons observer plusieurs périodes :
- Dans les années 1960 – 1970 : on s’est intéressé à la phase comportementale : on a proposé des méthodes de relaxation et autres produits, qui permettaient à l’individu de contrôler ses réactions face au stress au moment où il arrivait.
- Dans les années 1980 – 1990 : on s’est intéressé à la phase corporelle : on a proposé des méthodes qui concernait l’hygiène de vie (avec des campagnes proposant de faire du sport, les 1ères publicités suggérant 4 ou 5 fruits et légumes par jour …). Ce qui permettait à l’individu en meilleure forme de contrôler ses réactions face au stress au moment où il arrivait.
- Puis à l’approche du nouveau millénaire : on a commencé à s’intéresser à la phase cognitive, proposant ainsi à l’individu de "travailler" sur ses représentations et de modifier sa perception des situations stressantes. A mon avis, c’est l’approche la plus intéressante, à privilégier et, éventuellement, à compléter par les 2 autres.
(Re) voir :
http://insertionvincent.blogemploi.com/mon_weblog/2009/08/apprenons-%C3%A0-d%C3%A9compresser.html
L’inconvénient majeur est que n’importe qui a pu s’engouffrer dans cette brèche, certains professionnels de la santé et/ou de la psychologie (à mon avis, les plus proches du thème) et il y a eu aussi une arrivée massive de coach en tout genre avec leurs méthodes souvent très personnelles.
S’il est intéressant de réfléchir sur sa perception du stress, il me paraît aussi important de ne pas tomber dans les superstitions voir la crédulité. Certaines méthodes de gestion du stress sont scientifiquement valides et d’autres non (et curieusement, celles-ci coûtent très chères).
Même si on s’accorde à dire que lorsque la subjectivité est en jeu, l’effet placebo peut ne pas être loin, ne tombons pas non plus dans la candeur.
Je ne dénoncerai pas les charlatans et autres vendeurs de miracle, toutefois avant de "consulter" un coach, renseignons-nous sur ses pratiques, sa formation …
Parmi ces "nouvelles techniques", il y a (entre autres) :
- l’iridologie : cette pratique permet de "voir" le niveau de stress d’un individu dans son iris (???). Comptez environ 100 € la journée de formation …
- la médecin quantique : celle-ci (pratiquée par des non-médecins) permet, via des électrodes branchées à un certains nombre d’appareils, "de mesurer différents paramètres du liquide circulant dans l’organisme" de l’individu (???). Comptez environ 80 € la consultation et plus si vous devez prendre des potions …
- la déprogrammation cellulaire qui consiste à déprogrammer la mémoire cellulaire des anciens conditionnements (???). Comptez environ 70 € la consultation …
Et quelques autres dont la tarification devrait aider à réfléchir sur la fiabilité et le sérieux.
Je ne parlerai pas non plus de la radiesthésie, du reiki et autres fleurs de Bach …
Ces méthodes-là n’ont pas démontré scientifiquement leur capacité à diagnostiquer ou à réduire le stress. Attention, je ne dis pas que ça ne marche pas (quoique …), je dis simplement que si ces techniques peuvent servir à quelque chose, ce n’est pour le stress.
(Re) lire : Sciences et Avenir N°757, Mars 2010, Dossier "Vaincre le stress", pages 48 à 63.
Avis à tous :
Comme le stress est inévitable, apprenons simplement à vivre avec et modifions notre perception des évènements.
Il n’y a pas de fatalité là-dedans : ça le devient quand nous laissons les évènements prendre de l’ampleur, quand nous laissons notre fatigue nous guider, quand nous laissons nos préjugés obscurcir notre vision du Monde …
A bon entendeur,
A bientôt.
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